Le verdict du Tribunal arbitral du sport se fait attendre, mais les fausses annonces, elles, se multiplient. Un document daté du 14 octobre 2026 et présenté comme une communication officielle de l’instance lausannoise affirme que le Sénégal aurait récupéré le titre de champion d’Afrique au terme de la procédure engagée après la finale de la CAN 2025.
Logo, en-tête, cachet : le document reprend plusieurs codes visuels du TAS pour donner l’apparence d’une communication authentique. Son contenu affirme que la sélection sénégalaise aurait rempli l’ensemble des conditions « sportives, réglementaires et éthiques » nécessaires pour être déclarée vainqueur. Il va jusqu’à adresser des félicitations aux joueurs, au staff et à la population sénégalaise.
Mais plusieurs incohérences suffisent à fragiliser cette prétendue décision.
Des erreurs qui trahissent le faux
Premier détail : le document évoque à plusieurs reprises une « CAN 2026 ». Or, le dossier soumis au TAS concerne officiellement la CAN 2025, même si la compétition s’est déroulée au Maroc entre décembre 2025 et janvier 2026.
Autre anomalie, Matthieu Reeb y est présenté comme secrétaire général du Tribunal arbitral du sport. Il occupe en réalité le poste de directeur général de l’institution. Une erreur difficilement compatible avec un document émanant officiellement du TAS.
Le ton employé interpelle également. Une juridiction arbitrale n’a pas vocation, dans une sentence sportive, à adresser des félicitations à une sélection ou à une population. Ses décisions se concentrent sur les questions juridiques soumises à son examen et sur les mesures qui en découlent.
Le TAS est toujours en phase de délibération
Le calendrier de la procédure contredit surtout les affirmations qui circulent en ligne. L’audience consacrée au recours de la Fédération sénégalaise de football s’est tenue le 8 octobre à Lausanne. La FSF, la CAF et la Fédération royale marocaine de football y ont présenté leurs arguments devant la formation arbitrale.
Le dossier est examiné par trois arbitres : Gérald Simon, qui préside la formation, Luigi Fumagalli et Ulrich Haas. À l’issue de l’audience, ceux-ci sont entrés en phase de délibération afin d’étudier les arguments, les règlements applicables et les différentes pièces versées au dossier.
Matthieu Reeb avait alors indiqué qu’une décision ne serait pas nécessairement rendue immédiatement. Selon la complexité de l’affaire et le niveau de motivation requis, la sentence peut nécessiter plusieurs jours, voire plusieurs semaines, avant d’être communiquée officiellement.
À ce stade, aucune annonce authentifiée du TAS ne vient donc confirmer le scénario avancé dans le document viral.
Une deuxième fausse annonce en quelques mois
Ce n’est pas la première fois que le dossier Maroc-Sénégal alimente la désinformation. Un autre faux document avait déjà circulé quelques mois plus tôt, affirmant que le TAS avait accepté le recours sénégalais et rétabli les Lions de la Teranga dans leur titre.
L’instance arbitrale avait alors démenti avoir rendu une quelconque décision, rappelant que la procédure était toujours en cours.
La répétition de ces faux documents traduit l’attention qui entoure un dossier dont l’issue pourrait modifier définitivement le palmarès de la CAN 2025.
Du terrain aux tribunaux
Le litige trouve son origine dans la finale disputée le 18 janvier à Rabat. Le Sénégal avait remporté la rencontre sur le terrain (1-0 après prolongation), au terme d’un match marqué par l’interruption provoquée par le départ temporaire des joueurs sénégalais, venus protester contre une décision arbitrale.
L’affaire s’était ensuite déplacée devant les instances disciplinaires de la Confédération africaine de football. Le 17 mars, le Jury d’appel de la CAF avait déclaré le Sénégal forfait et accordé au Maroc une victoire sur tapis vert (3-0), en application des articles 82 et 84 du règlement de la compétition.
La Fédération sénégalaise avait alors saisi le TAS pour contester cette décision et demander son annulation.
Seule la communication officielle fera foi
La formation arbitrale doit désormais décider si elle confirme la décision de la CAF, l’annule ou adopte une autre issue prévue par le cadre juridique applicable. Jusqu’à la publication de cette sentence, aucun document circulant sur les réseaux sociaux ne peut être considéré comme un verdict officiel sans vérification auprès du TAS.
Pour l’heure, le titre attribué administrativement au Maroc par la CAF reste donc au cœur d’une procédure toujours ouverte. Le véritable dénouement viendra de Lausanne, et uniquement d’une communication authentifiée du Tribunal arbitral du sport.


